Etude des pastels

Pastel représentant un enfant devant un château de cartes.

Signé et daté : "Drouais Le Fils - 1761"

 

 

Objectifs :

 -          Déterminer la nature des matériaux employés pour la réalisation du pastel (charges et pigments) et vérifier leur compatibilité avec une datation 18ème siècle.

-          Déterminer la contemporanéité possible de la signature et de la date avec l'œuvre sous-jacente.  

 

Moyens mis en œuvre :

Stéréomicroscope ;

Microscope optique ;

Microscope électronique à balayage (M.E.B.) avec imagerie en mode électrons rétrodiffusés (E.R.D., contrastes chimiques), couplé à une analyse élémentaire en dispersion d’énergie de rayons X (E.D.X) ;

Microspectroscopie Raman.

 

Identification des matériaux :

Le pastel se présente sous la forme d'une poudre minérale agglomérée. Il est constitué de charges minérales blanches associées ou non à des pigments et à un liant organique. 


  

Images en microscopie optique, lumière polarisée, de prélèvements de matière colorée provenant du pastel étudié

 

L'analyse par MEB-EDX a permis de mettre en évidence l'emploi systématique de craie (carbonate de calcium) et de gypse (sulfate de calcium), en diverses proportions, en tant que charges dans les pastels utilisés. Des charges aluminosilicatées sont également détectées en traces.  

 

Spectre d'analyse X d'un prélèvement de pastel blanc indiquant le soufre et le calcium comme éléments principaux, en relation, avec l'utilisation de gypse et de craie (carbonate de calcium). 

 

Les pigments minéraux employés sont également identifiés grâce à l'analyse par MEB-EDX. On identifie par exemple, sur le prélèvement brun/rouge provenant d'une des pommes, un mélange de cinabre ou vermillon (sulfure de mercure) et d'orpiment (trisulfure d'arsenic).  

 

Image en microscopie optique, lumière polarisée, d'un prélèvement de pastel brun/rouge et spectre d'analyse X indiquant la présence d'arsenic (As) et de soufre (S) associés à l'orpiment, et celle de mercure (Hg) et de soufre (S) associés au cinabre (ou vermillon par voie sèche). Les autres éléments détectés sont associés à des charges. 

 

Les pigments organiques naturels ou de synthèse sont identifiés grâce à la spectroscopie Raman. Les résultats sont donnés sous la forme d'un spectre présentant les bandes de longueurs d'ondes caractéristiques du pigment. 

Le pastel bleu, par exemple, est coloré par du bleu de Prusse, un pigment de synthèse de ferrocyanure ferrique découvert à Berlin en 1704.

 

Spectre Raman de référence d'un pigment de bleu de Prusse. 

 

Les pigments et charges identifiés sur l'œuvre sont les suivants : 

- Charges de gypse, de craie et rares charges aluminosilicatées ;

- Pigments rouges : cinabre (ou vermillon par voie sèche), minium, oxydes ou hydroxydes de fer, ocres ;

- Pigment bleu : bleu de Prusse ;

- Pigments noirs : noir d'os, noir de charbon ; 

- Pigments jaunes : orpiment, oxydes ou hydroxydes de fer ; 

- Pigment blanc : blanc de plomb. 

L'ensemble de ces pigments sont compatibles avec une datation au 18ème siècle. 

 

Etude de la signature et de la date :

La signature ainsi que la date se présentent sous la forme d'un fin trait blanc appliqué au dessus du fond brun, à droite de l'enfant.

Photographie de détail de la zone de signature.

 

L'analyse X montre le soufre (S) et le baryum (Ba) comme éléments constitutifs principaux, associés à la présence de barytine (blanc fixe), sous la forme de particules brillantes à l'imagerie MEB-ERD.

 

Spectre d'analyse X élémentaire et image MEB-ERD (grossissement x3500) d'un prélèvement provenant de la signature. Le soufre (S) et le baryum (Ba) sont attribués à la présence de barytine. Les autres éléments détectés sont associés aux autres charges et pigments.  

 

La barytine utilisée ici, d'origine synthétique, a été fabriquée et commercialisée à partir des années 1820.

 

La signature et la date ne sont pas compatibles avec une datation du 18ème siècle. De plus, les fortes teneurs en éléments aluminosilicatés diffèrent des matériaux de base des pastels provenant de l'œuvre elle-même.

 

Il peut s'agir d'un ajout postérieur à la création de l’œuvre.

 

Bibliographie :

- Cameo.mfa.org : base de données en ligne du Museum of Fine Art de Boston.
- A. Birot (2014), J. Castaing, M. Dubus, H. Guicharnaud, V. Rozé, R. Zea, Dégradations, alterations, conservation des pastels : exemple de la collection du Musée des Beaux-Arts de Bordeaux, in Support/Tracé n°13, pp. 52-60.
- N. Eastaugh (2004), V. Walsh, T. Chaplin, R. Siddall, The Pigment Compendium CD-ROM Elsevier
- Chaperon (1788), Traité de la peinture au pastel, Paris, Defer de Maison Neuve.

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